Matrice d’une application linéaire :
Nous y sommes, les matrices d’applications linéaires…
Revenons rapidement sur un exemple d’application linéaire.
Soit l’application qui, pour tout quadruplet
, associe le triplet de la forme
L’application linéaire transforme tout vecteur de départ dans
en un vecteur de
. Ce qui nous intéresse d’étudier dans une application linéaire, c’est le noyau de cette application, son image, et déterminer si il s’agit d’un endomorphisme, un isomorphisme ou d’un automorphisme.
Calculons le noyau…
On sait que pour calculer le noyau, on va devoir poser un système. On pose donc :
En faisant somme de la deuxième ligne et trois fois la deuxième on a :
Nous n’avons pas besoin de nous occuper de la dernière ligne, nous avons les informations que nous voulons. A présent, on va utiliser et
comme paramètres, c’est à dire, exprimer
et
en fonction de ces derniers :
avec
En fait c’est terminé, on voit immédiatement que
Par conséquent,
Donc,
Calculons maintenant l’image de .
Soit la base canonique de
.
On a :
En fait, on se rend compte qu’on peut écrire ça sous forme matricielle, par exemple, en appelant la matrice :
Pour déterminer la dimension et une base de l’image de , il suffit, comme on peut le deviner, d’échelonner cette matrice afin de calculer son rang.
En passant les calculs, on trouve :
Donc, . Ceci correspond en effet à la dimension de l’image de
. On avait
et
. Ce qui est vrai car
En conclusion, le noyau n’étant pas réduit au vecteur nul, et l’image de ne décrivant pas tout
,
n’est pas surjective, donc pas bijective. Ce n’est donc ni un endomorphisme ni un isomorphisme.
Passons maintenant à la définition rigoureuse et à un exemple détaillé d’une matrice d’application linéaire.
Soit et
, deux espaces vectoriels et soit
une application linéaire de
dans
.
Soit une base de
, et
une base de
.
On définit alors
Voici donc comment écrire la matrice de l’application linéaire, si on se base sur cette définition :

Prenons immédiatement deux exemples pour illustrer ceci. Le premier exemple, en considérant des bases canoniques, et ensuite, dans le deuxième, des bases quelconques.
Tout d’abord… Soit et
.
Soient la base canonique de
et
la base canonique de
.
Soit une application linéaire définie telle que
Alors :
,
,
,
.
On peut donc exprimer la matrice que l’on va appeler , de l’application
comme la matrice de la base
dans la base
comme ceci :

Prenons un autre exemple maintenant, en considérant deux bases non canoniques. Vous allez voir, c’est un petit peu plus délicat, mais pas insurmontable :).
Soient et
, deux
-espaces vectoriels.
Soit , une application linéaire de
dans
définie par
.
Soit une base de
tel que :
,
et
Soit une base de
tel que :
et
Alors :
Expliquons rapidement ce que nous avons fait ici. Contrairement au premier exemple, nous ne somme plus dans le cadre d’expression d’une base canonique dans une autre, mais d’une base quelconque dans une autre base quelconque. Par conséquent, l’application appliquée au vecteur
ne considère non plus uniquement la valeur
, mais les valeurs
et
. On a donc bien
et
.
Ensuite, il nous reste à déterminer une combinaison linéaire des vecteurs et
qui renvoie le vecteur
. On voit qu’il suffit de multiplier
par 3 et de lui déduire le vecteur
une fois.
Continuons :
A présent, le plus dur est fait, il ne nous reste qu’à écrire la matrice de cette application de la base dans la base
:

Ces deux cas sont des cas particuliers… Comment pourrions nous définir l’application linéaire de manière générale ?
Quelle serait la meilleure définition ?
Prenons deux espaces vectoriels et
tout à fait quelconques.
Considérons une application linéaire .
Quel est notre but ? Notre but est de trouver la matrice d’une application linéaire donnée, mais en réalité, la règle pour trouver cette matrice s’applique à n’importe quelle application linéaire, et quelque soit la base de départ et la base d’arrivée…
Pour deux bases données, , une base de
et
une base de
, alors, on sait que tout vecteur de
s’écrit comme une combinaison linéaire des vecteurs de la base, autrement dit :
.
Que signifie ?
représente un vecteur quelconque de
, donc,
signifie prendre n’importe quel vecteur de
et lui appliquer une transformation dont le vecteur d’arrivé est un vecteur de
.
Par exemple, en prenant , avec
.
On peut réécrire comme ceci :
Rappelez vous, et ceci est très important, que chaque est un vecteur de la base d’arrivée, donc, en simplifiant, une colonne.
Si par exemple, on avait choisi la base canonique de comme base de
, on aurait eu quelque chose de la forme :
Plus généralement donc, pour un , on aurait :
En fait, lorsqu’on veut construire la matrice d’une application linéaire, que nous faut-il comme information préliminaire?
Il nous faut savoir ce que l’application linéaire fait à tous les vecteurs de la base de départ. Si on sait ce que l’application fait à tous les vecteurs de cette base, alors on sait tout ce qu’il y a à savoir sur l’application en question.
On peut donc écrire la même chose pour :
Rappelons qu’on sait que .
Or, si on pose , un vecteur quelconque de l’image de
par l’application
, alors ce vecteur s’écrit
.
est une application linéaire, par conséquent :
Nous savons ce qu’est , donc, on va le remplacer par sa valeur :
Réarrangeons les termes des sommations dans un but pratique :
Ecris sous forme de vecteurs, on a :
Si on écrit ceci d’une forme matricielle maintenant :
Quelques petites remarques postérieures à notre démonstration.
Tout d’abord, on peut constater que l’opération qui consiste à transformer le système linéaire en matrice revient à transposer les lignes en colonnes, et vice versa. Cette transformation s’effectue lorsqu’on arrange les termes de la somme, en effet, on voit bien qu’on ne somme plus les coefficients sur
mais sur
.
Ensuite, comme vous l’avez surement remarqué, la matrice de l’application linéaire n’est tout simplement que la représentation matricielle de l’application linéaire en question. Ceci peut paraître trivial, mais c’est l’essence de la compréhension des matrices d’applications linéaire qui repose sur cette définition.